Le gaspillage alimentaire, l’Isère catalyseur des bonnes pratiques ?

Camille Derouvroy, Quentin Berkovitch, Clément Cordier, Louis-Guillaume Cuellar, Victor Dauptain, François Houdebert, Julien Pallicer

En 2015, entre 20 et 30kg de nourriture étaient jetés par chaque français[1]. Au vu de la hausse du gaspillage alimentaire en France au fil des années, des mesures ont été prises par le gouvernement, et les collectivités territoriales pour tenter de limiter ce phénomène[2]. Ces mesures sont souvent prises à l’échelle départementale, voire locale, ce qui développe donc des environnements particuliers et différents selon le champ d’application des mesures suscitées. Concernant ces décisions, l’appui du gouvernement est essentiel ; il s’agit de réaliser une communication ciblée et efficace, afin que les dispositions prises aient une réelle influence sur les individus visés. En tant qu’étudiants de Grenoble École de Management, nous aimerions nous demander si à l’échelle de l’Isère, le contexte environnemental a une influence sur le comportement des individus en termes de gaspillage.

Illustration du gaspillage alimentaire
source : pixabay

En 2017, le département de l’Isère a lancé un programme visant à réduire le gaspillage alimentaire dans les collèges du département. Cette décision se traduit par la formation du personnel, et la sensibilisation des élèves, et a eu pour conséquence la réduction de moitié du gaspillage alimentaire dans 70 des 96 collèges impliqués.

Dans cette même optique, le gouvernement a lancé un programme au sein des cantines des écoles primaires, qui a débuté en janvier 2018. A l’échelle grenobloise, plus particulièrement dans le groupe scolaire de La Tronche, cette action s’est traduite par une diminution de 20% du gaspillage alimentaire[3] ; Il a été choisi de s’intéresser aux préférences des enfants quant aux repas proposés pour parvenir à optimiser les quantités consommées, et donc réduire le gaspillage alimentaire. La mise en place de politiques visant à réduire le gaspillage alimentaire semble donc avoir influencé le comportement des acteurs : la sensibilisation et la formation étant 2 points clés pour atteindre cet objectif. Le Conseil Général de l’Isère s’est également penché sur des solutions afin de résoudre le gaspillage alimentaire au sein des établissements scolaires[4]. Un des éléments de réponses consiste en l’intervention d’ambassadeurs au sein des établissements, qui pourraient alors sensibiliser les élèves. Le conseil général a ainsi estimé que pour une ville de 250 000 habitants cela permettrait de réduire ce gaspillage de 150 tonnes[5]. Pour la ville de Lyon, cela reviendrait à 300 tonnes économisées par an[6]. Les potentiels ambassadeurs seraient les participants au service public : il s’agirait donc de bénévolat et par conséquent ne représenterait pas un coût supplémentaire pour les pouvoirs publics.

En outre, l’Isère a pris des dispositions au travers de la Charte de l’aide alimentaire et lutte contre la faim[7]. Cette dernière vise à sensibiliser les isérois afin de réduire durablement le gaspillage alimentaire à travers 4 actions majoritaires dont celle qui nous intéresse ici : « tout mettre en œuvre pour atteindre, sur le territoire isérois, l’objectif national de réduction du gaspillage alimentaire ». Cette clause met en avant le fort engagement du département dans cette lutte et vient justifier les différentes actions menées dans les collèges. En effet, les actions menées avec succès dans les établissements publics ne sont pas suffisantes. Les comportements des individus sont au cœur de la guerre contre le gaspillage puisque c’est un problème global avec des responsabilités entre autres individuelles.

Le but de ces actions étant de sensibiliser les isérois au travers de différents messages, nous avons pris contact avec un expert en marketing et en communication afin de savoir si aujourd’hui la communication mise en place est suffisante et efficace, tant à l’échelle grenobloise, qu’à l’échelle nationale. M. Laurens, professeur en marketing à Grenoble École de Management, nous assure que l’État, bien que tardivement, a passé le cap du numérique et aujourd’hui maitrise la communication « high tech ». Le point majeur, selon lui, réside dans le fait qu’aujourd’hui il y ait un problème d’enjeu : dans la promotion d’un produit, l’objectif de la communication est le suivant ; « faire connaître, faire aimer, faire acheter »[8]. Toutefois, lorsqu’il s’agit de communiquer au sujet d’un comportement à adopter, l’enjeu repose plutôt sur : « faire connaître, faire aimer, faire agir ».  En parallèle, M. Laurens témoigne du fait que les pouvoirs publics soient également confrontés à un problème temporel. Il est complexe de faire changer des comportements, structurellement ancrés dans les mentalités des individus, d’autant plus que cette sensibilisation devrait avoir lieu à une échelle nationale, plutôt que locale. En ce sens, il apparaît difficile de parvenir à changer les habitudes de consommation des français, de manière générale.

Néanmoins, M. Laurens se veut optimiste, il encourage les initiatives menées dans les villes comme Grenoble et plus précisément, estime que dans cette ville la communication est entièrement maîtrisée puisque les actions menées sont bien ciblées et cohérentes. Il justifie cette stratégie ainsi : « Par exemple, dans la Drôme, mon département, les collectivités ont investi très rapidement la notion de manger local et manger bio dans les cantines. Cette communication a permis une forte sensibilisation des enfants ».

Ainsi retrouve-t-on ici la théorie du « Two step flow[9] » qui émet l’hypothèse que plus nous avons confiance en l’émetteur d’un message plus nous sommes réceptifs à ce message. Un enfant est plus susceptible de faire confiance à un adulte, c’est pourquoi les mesures qui visent en priorité les enfants sont plus susceptibles de fonctionner. De plus, ces derniers seront les acteurs et consommateurs de demain, en agissant sur eux le gouvernement peut espérer un changement des mentalités pour l’avenir. On retrouve bel et bien les principes de cette théorie dans les actions citées précédemment ; agir dans les cantines des écoles et des collèges afin de favoriser une modification des comportements, concernant le gaspillage alimentaire.

Par ailleurs, la collectivité locale d’Isère porte des projets visant à réduire de manière significative le gaspillage alimentaire en structurant l’économie alimentaire de la région. Le Pôle Agro-alimentaire isérois, Projet Alimentaire Territorial, vise à relancer la dynamique pour lutter contre le gaspillage en optimisant la logistique[10] dans toute la chaîne, allant de la production à la livraison. Cette initiative permet de réduire les déchets alimentaires lors de chacune des nombreuses étapes de production afin de limiter au mieux le gaspillage.

Nous observons donc dans le département une dynamique globale autour de la lutte contre le gaspillage. Cette dynamique locale porte ses fruits et le gaspillage alimentaire a été réduit de manière notable. Les élèves des écoles primaires et collège du département bénéficient d’une sensibilisation à ce problème au quotidien. Ces élèves n’auraient vraisemblablement pas été sensibilisés de telle manière s’ils avaient étudié dans un collège hors d’Isère. La particularité du lieu d’habitation montre que le contexte environnemental influence notre sensibilisation aux différents problèmes de notre société. Néanmoins, on peut noter un réel décalage entre les générations. La communication publique est, à notre avis, dirigée vers les générations les plus jeunes. Nous pouvons donc dire que le contexte environnemental touche en premier lieu les jeunes en Isère puisque les mesures publiques les ont désignés comme leur cible. Ainsi les réelles retombées de ces mesures ne seront-elles effectives que lorsque ces mêmes cibles seront en âge ou en capacité de faire évoluer leur mode de consommation.


[1] « rapport-gaspillage-alimentaire_cle0ea927.pdf | Alim’agri ». Consulté le 24 avril 2019. https://agriculture.gouv.fr/file/rapport-gaspillage-alimentairecle0ea927pdf.

[2] « Une loi pour lutter contre le gaspillage des produits neufs invendus ». Gouvernement.fr, https://www.gouvernement.fr/une-loi-pour-lutter-contre-le-gaspillage-des-produits-neufs-invendus. Consulté le 30 avril 2019.

[3] métro, La. « Alimentation : Les cantines s’engagent contre le gaspillage ». Consulté le 24 avril 2019. https://www.lametro.fr/actualite/283/104-alimentation-les-cantines-s-engagent-contre-le-gaspillage.htm.

[4]   Marie Mourad. Benchmark international des politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire. Partie du rapport parlementaire ”Lutte contre le gaspillage alimentaire, propositions pour une po.. 2015, pp.94 – 98.

[5]   Marie Mourad. Benchmark international des politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire. Partie du rapport parlementaire ”Lutte contre le gaspillage alimentaire, propositions pour une po.. 2015, pp.94 – 98.

[6]   Marie Mourad. Benchmark international des politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire. Partie du rapport parlementaire ”Lutte contre le gaspillage alimentaire, propositions pour une po.. 2015, pp.94 – 98.

[7] Auvergne-Rhône-Alpes, DRAAF. « Une charte de l’aide alimentaire et lutte contre le gaspillage en Isère », 8 décembre 2015. http://draaf.auvergne-rhone-alpes.agriculture.gouv.fr/Une-charte-de-l-aide-alimentaire.

[8] Discussion avec Ivan Laurens spécialiste du marketing. Avril 2019.

[9] Katz, Elihu, et al. Personal Influence: The Part Played by People in the Flow of Mass Communications. Routledge, 2017. www.taylorfrancis.com, doi:10.4324/9781315126234.

[10] Macé, Louise. « La prise en compte et l’articulation des différents champs de l’alimentation dans les projets alimentaires territoriaux », Août 2017. http://rnpat.fr/wp-content/uploads/2017/10/RnPAT1.1_ArticChampsPAT_2017.pdf.

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